Impression & PLV

Image pixelisée à l’impression : la repérer avant de lancer

Par Camille Ferrand27 September 20268 min de lecture

Loupe posée sur une affiche imprimée qui laisse voir les pixels

L’image était nette à l’écran. Sur l’affiche, elle est floue, les contours font des marches d’escalier, et le visage du produit ressemble à une mosaïque. Parfois, c’est l’imprimeur qui prévient avant de lancer : « votre image n’est pas assez définie ». Dans les deux cas, la cause est la même, et elle se repère avant l’impression, à condition de savoir où regarder.

Nette à l’écran, floue sur le papier : ce qui a changé

Une image numérique est une grille de petits carrés de couleur, les pixels. Leur nombre est fixé une fois pour toutes, au moment où la photo est prise ou enregistrée. Une image de tant de pixels de large contient exactement cette quantité d’information, pas une de plus.

À l’écran, vous regardez cette image à petite taille. Elle occupe une fenêtre, une vignette, une portion de page. Les pixels sont tellement serrés que l’œil ne les distingue pas, et tout paraît net.

Sur le papier, on l’agrandit. Un visuel qui occupait le quart de votre écran doit maintenant couvrir une affiche entière. Les mêmes pixels sont étirés sur une surface bien plus grande, et chacun devient visible. Le flou, l’effet d’escalier sur les courbes, les couleurs en paliers : ce n’est pas l’imprimante qui abîme l’image. Elle montre ce qui était déjà là.

Retenez l’idée centrale. Étirer une image ne crée pas d’information. Aucun logiciel ne peut inventer les détails qui n’ont jamais été enregistrés.

La résolution, expliquée sans formule

La résolution indique combien de pixels l’image place sur chaque pouce de papier, d’où l’unité ppp, pixels par pouce. C’est une question de densité : plus les pixels sont serrés, plus l’image est fine.

Le point capital, c’est que la résolution ne se mesure qu’à la taille d’impression. Une image n’a pas de résolution dans l’absolu. Elle a un nombre de pixels, et ce nombre, réparti sur une carte postale, donne une densité élevée. Réparti sur une affiche, il donne une densité faible. La même image est donc suffisante pour une petite carte et insuffisante pour un grand format.

Les imprimeurs demandent habituellement 300 ppp à la taille d’impression pour les documents lus de près, flyers, brochures, cartes. C’est la consigne que vous lirez sur la plupart des cahiers des charges. Elle signifie : une fois l’image posée à sa taille finale dans la page, il doit rester cette densité de pixels.

On croise aussi le chiffre de 72 ppp, hérité des anciens écrans. Il ne veut rien dire seul. Une image « à 72 » peut très bien contenir assez de pixels pour une impression correcte, si on la réduit. Une image « à 300 » peut être trop légère, si on l’agrandit. Seul compte le rapport entre les pixels disponibles et la surface à couvrir.

Les trois sources habituelles d’une image trop légère

Au comptoir, les images pixelisées viennent presque toujours des trois mêmes endroits. Les connaître permet souvent de retrouver une meilleure version.

Première source : l’image récupérée sur un site ou un réseau social. Pour charger vite, les sites affichent des images réduites et compressées. Faire un clic droit pour enregistrer l’image donne cette version allégée, parfaite pour un écran, trop pauvre pour l’impression. Les réseaux sociaux compressent encore davantage.

Deuxième source : la capture d’écran. Elle ne contient que les pixels de l’écran au moment de la capture, c’est-à-dire l’image telle qu’elle était affichée, déjà réduite. Un logo capturé sur un site ou dans un PDF donne un résultat médiocre dès qu’on l’agrandit.

Troisième source, la plus sournoise : la photo envoyée par messagerie. La plupart des applications de messagerie compressent automatiquement les photos pour économiser la bande passante. La photo prise par un collègue avec un excellent téléphone arrive sur votre ordinateur appauvrie, sans que personne ne l’ait voulu.

Dans les trois cas, le fichier d’origine existe souvent ailleurs. Le photographe a l’original, le collègue l’a sur son téléphone, le graphiste qui a créé le logo possède la version vectorielle. Demandez-la avant de chercher un remède.

Vérifier avant d’envoyer

La vérification est rapide. Presque personne ne la fait.

Ouvrez votre document dans le logiciel de mise en page et affichez-le à 100 %, c’est-à-dire à taille réelle. Faites défiler jusqu’à l’image et regardez les contours : un texte, une arête, le bord d’un objet. S’ils sont nets, tout va bien. S’ils forment des marches ou s’ils bavent, l’impression montrera la même chose, souvent en pire. Un affichage réduit masque tout, c’est pour cela qu’il faut monter au zoom réel.

Lisez ensuite la résolution effective. Les logiciels de mise en page indiquent, pour chaque image placée, la densité réelle une fois l’image redimensionnée dans la page. C’est ce chiffre qui compte, pas celui des propriétés du fichier.

Méfiez-vous en particulier du « 300 » affiché dans les propriétés d’une image. Il décrit l’image à sa taille d’origine. Si vous l’avez agrandie dans la mise en page, sa résolution effective a baissé d’autant. C’est l’erreur la plus fréquente : un client certain que son image est « à 300 » alors qu’elle a été étirée.

Ce qui ne marche pas, et ce qui peut aider

Le premier réflexe est souvent de modifier la résolution dans un logiciel de retouche, en tapant 300 à la place de 72. Si l’option de rééchantillonnage est désactivée, rien ne change dans l’image : on a simplement réécrit l’étiquette, et l’image s’imprimera plus petite. Si elle est activée, le logiciel invente des pixels intermédiaires par calcul, et l’image devient plus grande mais pas plus détaillée. Elle sera floue au lieu d’être en escalier.

Agrandir l’image dans un logiciel produit le même effet. Les outils d’agrandissement récents font parfois illusion sur un visage ou un paysage. Sur un texte, un logo ou un détail technique, ils inventent des formes qui n’existent pas.

Ce qui aide vraiment tient en trois gestes. Retrouver le fichier d’origine, d’abord, en remontant à la personne qui a pris ou créé l’image. Réduire le format, ensuite : une image trop légère pour une affiche peut être parfaite en demi-page. Enfin, pour un logo, vectoriser. Un logo vectoriel est décrit par des formes mathématiques et non par des pixels : il s’agrandit sans aucune perte. Le graphiste qui l’a créé le possède presque toujours.

Le cas du grand format

Une affiche ne se lit pas comme un flyer. On la regarde de loin, depuis le trottoir, depuis l’autre bout d’une salle. À cette distance de lecture, l’œil ne distingue plus les détails fins, et l’exigence de résolution baisse.

C’est pour cela qu’une photo qui serait insuffisante pour une brochure peut donner une belle bâche vue à plusieurs mètres. Le seuil exact dépend du support, de la distance réelle et de la nature de l’image. Il se discute avec l’imprimeur, sur votre projet précis. Ce qui ne change pas : un texte ou un logo, même en grand format, doit rester net, parce que l’œil repère tout de suite un bord de lettre dentelé.

Pour les autres sujets d’atelier, la rubrique impression, affiches et PLV rassemble nos articles, et notre page sur la préparation d’un imprimé professionnel reprend l’ensemble des étapes. Les contraintes propres aux très grands formats sont détaillées avec l’impression d’une affiche A0.

Questions fréquentes

Faut-il une image à 72 ou à 300 ppp ?

La consigne habituelle des imprimeurs est de 300 ppp à la taille d’impression, pour les documents lus de près. Le chiffre de 72 ne veut rien dire seul : ce qui compte, c’est le nombre de pixels rapporté à la taille finale. Une image étiquetée 72 peut suffire si elle contient assez de pixels.

Un logo peut-il être pixelisé ?

Oui, s’il est fourni sous forme d’image, par exemple une capture ou un fichier récupéré sur un site. Un logo vectoriel, lui, ne se pixelise jamais. Demandez la version vectorielle au graphiste qui l’a créé, c’est le format à conserver pour tous vos imprimés.

Une photo de téléphone suffit-elle pour imprimer ?

Souvent, oui, si vous utilisez le fichier d’origine et non une version envoyée par messagerie. Les téléphones récents enregistrent beaucoup de pixels. Vérifiez à 100 % dans la mise en page, et transférez la photo par câble ou par un service qui conserve l’original.

L’imprimeur peut-il améliorer mon image ?

Il peut corriger la luminosité ou le contraste, mais il ne peut pas recréer des détails qui n’existent pas. Aucun réglage de machine ne rend net un fichier trop léger. La vraie solution passe par un meilleur fichier, ou par un format plus petit.