Impression & PLV

Imprimer un manuel : la pagination commande tout

Par Camille Ferrand22 September 20266 min de lecture

Manuel technique à reliure spirale ouvert à plat sur un établi

Imprimer un manuel ou un guide : la pagination commande tout

Un document relié n’est pas un empilement de pages : c’est un objet dont la fabrication impose ses propres règles, à commencer par un nombre de pages qui n’est pas libre. Comprendre ces contraintes avant de maquetter évite la refonte de dernière minute, qui est la situation la plus coûteuse et la plus fréquente.

Le nombre de pages n’est pas un choix libre

Un document relié se fabrique à partir de feuilles imprimées recto verso puis pliées. Une feuille pliée une fois donne quatre pages, pliée deux fois seize, et ainsi de suite.

Conséquence directe : le total doit être un multiple, et ce multiple dépend du mode de reliure et du format de la machine. Un document de trente-quatre pages n’existe pas ; il existe un document de trente-six pages dont deux sont blanches.

Ce n’est pas un détail d’atelier. Si votre contenu tombe à trente-quatre pages, vous devez décider ce que deviennent les deux pages restantes : les laisser blanches, y mettre des notes, ou retravailler la maquette pour tomber juste. Cette décision est bien plus confortable à prendre au début qu’à la veille du départ en fabrication.

La couverture se compte à part sur un document broché : elle est imprimée sur un autre papier et compte ses propres pages, dont les deuxième et troisième de couverture que beaucoup oublient d’utiliser.

Le chemin de fer, l’outil qui fait gagner le plus de temps

Le chemin de fer est la représentation de toutes les pages du document dans l’ordre, en vis-à-vis. Il tient sur une feuille ou un écran.

Il sert à voir ce qu’aucune relecture page à page ne montre : quelle page se retrouve face à quelle autre. Un tableau qui commence en page de droite et se termine en page de gauche après tournage se lit mal, et cela ne se voit que sur un chemin de fer.

Il sert aussi à repérer les pages impaires imposées. Une ouverture de chapitre se place traditionnellement à droite, donc sur une page impaire, ce qui peut créer des pages blanches qu’il faut assumer ou combler.

Enfin, il permet de caler le contenu sur le multiple de pages imposé, très tôt, quand cela ne coûte encore rien.

Choisir la reliure selon l’usage, pas selon le goût

La piqûre à cheval — deux agrafes dans le pli — convient aux documents peu épais. Elle est économique, rapide, et le document s’ouvre bien à plat. Au-delà d’une certaine épaisseur, elle ne tient plus et le document bâille.

Le dos carré collé donne un dos plat sur lequel un titre peut s’imprimer, ce qui compte pour un document destiné à une étagère. Il exige une épaisseur minimale et s’ouvre moins à plat, ce qui est gênant pour un manuel qu’on consulte en travaillant.

La spirale et l’anneau métallique permettent une ouverture complète, à plat et même rabattue. C’est la reliure des manuels d’atelier, des classeurs de procédures et de tout ce qui se consulte les mains occupées. Le dos n’accepte pas de titre.

Le choix découle donc de l’usage réel : consulté debout et ouvert à plat, la spirale ; rangé et identifié sur une tranche, le dos carré collé ; feuilleté puis jeté, la piqûre.

Deux pièges de maquette propres aux documents reliés

Le premier est la marge intérieure. Dans un document relié, une partie de la page disparaît dans la pliure, d’autant plus que le document est épais et que la reliure ouvre mal. Une marge intérieure calculée comme la marge extérieure donne un texte qui plonge dans le dos et devient pénible à lire.

Le second est l’image à cheval sur deux pages. Sur une piqûre à cheval, elle se raccorde correctement. Sur un dos carré collé, une partie de l’image disparaît dans le pli, et un visage ou un texte placé à cet endroit est perdu. Ce n’est pas impossible, mais cela se conçoit en sachant ce qui va se passer.

Ajoutons un troisième piège, plus discret : le décalage. Sur un document épais piqué, les pages centrales dépassent légèrement et sont rognées davantage. Un numéro de page ou un filet trop près du bord sera donc plus proche du bord au centre qu’au début. L’atelier compense, mais il faut lui laisser de la marge.

Ce que l’imprimeur attend de vous

Un PDF en pages simples, dans l’ordre, jamais en planches doubles : c’est l’imprimeur qui impose les pages sur la feuille, et un fichier déjà monté l’empêche de travailler.

Un fichier de couverture séparé, avec le dos calculé selon l’épaisseur réelle. Cette épaisseur dépend du papier et du nombre de pages : c’est l’imprimeur qui vous la donne, et elle ne se devine pas.

Des fonds perdus sur tous les bords concernés, des polices incorporées, et les images en quadrichromie à la résolution demandée.

Et surtout, annoncez l’usage du document. Un manuel consulté en atelier, un guide remis à des clients et un rapport rangé dans une armoire n’appellent ni le même papier, ni la même reliure, ni la même protection de couverture.

En pratique, ce qu’il faut retenir

Le nombre de pages est contraint par le pliage : calez-le dès le début plutôt qu’à la fin. Faites un chemin de fer, c’est l’outil qui fait gagner le plus de temps sur ce type de document. Choisissez la reliure selon l’usage réel — ouverture à plat, titre au dos, durée de vie — et non selon l’allure. Prévoyez une marge intérieure plus large que l’extérieure. Et fournissez un PDF en pages simples avec une couverture séparée, le dos étant calculé par l’imprimeur.

Le détail des modes d’assemblage est traité dans quelle reliure choisir. Les autres supports figurent dans l’impression et la communication d’entreprise, et les questions de PLV et d’impression sont abordées support par support.