Identité de marque & design

Pantone ou CMJN : quand votre couleur de marque en a besoin

Par Camille Ferrand30 September 20267 min de lecture

Nuancier de tons directs posé sur des feuilles imprimées

Le mot « Pantone » apparaît dans la charte graphique, ou sur un devis, et la question suit : en ai-je vraiment besoin ? Les réponses qu’on trouve sont écrites par des graphistes pour des graphistes. Au comptoir, la réponse dépend de deux choses simples : le support imprimé et la quantité. Voici comment trancher, et ce que votre charte doit consigner pour que votre couleur tienne d’un imprimeur à l’autre.

Deux façons de produire une couleur

Le CMJN et le Pantone ne sont pas deux nuanciers concurrents. Ce sont deux manières différentes de fabriquer une couleur sur le papier.

Le CMJN, ou quadrichromie, compose chaque couleur avec quatre encres : cyan, magenta, jaune et noir. La machine dépose de minuscules points de ces encres, plus ou moins gros, côte à côte ou superposés. À distance normale, l’œil les mélange et voit une couleur. Un vert, par exemple, naît d’un assemblage de points cyan et jaune.

Le Pantone fonctionne autrement. La couleur arrive déjà mélangée, dans un pot d’encre préparé d’avance selon une formule précise. On l’imprime en une seule fois, en aplat : c’est ce qu’on appelle un ton direct. Le vert Pantone est un vert, pas un mélange de points.

Cette différence a une conséquence directe sur la régularité. En quadrichromie, la couleur se recompose à chaque tirage. Un léger écart d’encrage, un papier un peu différent, et la teinte bouge. Le ton direct, lui, sort toujours de la même encre. Il est bien plus constant d’une commande à l’autre.

Quand le Pantone se justifie

Le Pantone se justifie d’abord pour une couleur de marque qui doit être identique partout. Si votre rouge est votre signature, et qu’il doit être le même sur les cartes de visite, les enseignes, les sacs et les emballages, le ton direct garantit cette constance mieux que la quadrichromie.

Il s’impose ensuite pour les couleurs que le CMJN ne sait pas reproduire. Certains bleus vifs, certains oranges intenses, certains verts saturés sortent du gamut des quatre encres : la quadrichromie les approche sans les atteindre. Les encres métallisées, or, argent, cuivre, et les fluos n’existent tout simplement pas en CMJN. Il faut une encre spéciale.

Les grands aplats sont un autre cas. Sur une grande surface de couleur unie, les petites variations de la quadrichromie se voient davantage. Le ton direct donne un aplat plus régulier, sans trame visible.

Enfin, les travaux en une ou deux couleurs. Un papier à en-tête en noir et en bleu de marque, un tampon, un sac imprimé d’un logo : là, imprimer en ton direct est souvent plus simple et plus juste que de passer par quatre encres.

Quand le CMJN suffit

Pour la plupart des imprimés d’une petite entreprise, le CMJN suffit largement. C’est même le choix normal.

Les photos, d’abord, ne peuvent s’imprimer qu’en quadrichromie. Elles contiennent des milliers de nuances, qu’aucun jeu d’encres directes ne saurait reproduire. Tous les documents multicolores, brochures, flyers illustrés, catalogues, affiches, passent donc par le CMJN.

L’impression numérique, ensuite, travaille presque toujours en quadrichromie. C’est la technique des petites séries et des délais courts. Demander du Pantone sur un travail numérique n’a souvent pas de sens : la machine le simulera avec ses quatre encres.

Si votre couleur de marque est reproductible en CMJN avec un résultat satisfaisant, et que vos imprimés sont variés et en petites quantités, restez en quadrichromie. Vous gagnerez en simplicité, sans perte visible.

La référence Pantone ne garantit pas le résultat seule

Donner une référence Pantone à l’imprimeur ne suffit pas à garantir la couleur. Plusieurs éléments la font varier.

Le papier compte beaucoup. Les nuanciers Pantone existent en version couchée et en version non couchée, repérées par une lettre après le numéro. La même encre ne donne pas la même couleur sur un papier couché, qui la garde en surface, et sur un papier non couché, qui la boit. Choisissez votre référence dans le nuancier qui correspond au papier réel.

La conversion, ensuite. Dès que votre couleur doit être imprimée en CMJN, sur une brochure par exemple, le Pantone est converti en quadrichromie. Cette conversion est une approximation, parfois très proche, parfois décevante pour les couleurs hors gamut.

D’où un conseil simple : consignez les deux valeurs dans la charte. La référence en ton direct, et l’équivalent CMJN validé à l’œil, sur un vrai imprimé. Ainsi, chaque imprimeur sait quoi utiliser selon le support. Pour comprendre pourquoi l’écran trompe, voyez notre article sur l’écart de couleur entre l’écran et le papier.

Ce que la charte doit contenir

Une charte graphique utile à l’impression donne, pour chaque couleur de marque, trois informations. Sans elles, chaque prestataire interprète à sa façon.

La première est la référence en ton direct, avec la précision couché ou non couché. La deuxième, l’équivalent CMJN validé : pas une conversion automatique copiée d’un logiciel, mais une valeur contrôlée sur un imprimé réel. La troisième, l’équivalent pour l’écran, utilisé sur le site et dans les documents numériques.

Ne recopiez pas des valeurs trouvées en ligne. Faites valider ces équivalences par votre imprimeur ou votre graphiste, sur papier. Et comparez régulièrement les imprimés entre eux : c’est la seule preuve que la couleur tient.

La création de la charte elle-même relève du graphiste. Pour les autres questions d’image, la rubrique identité de marque et design rassemble nos articles, et notre page sur la communication imprimée d’une marque présente l’ensemble des supports.

Questions fréquentes

L’impression numérique sait-elle faire du Pantone ?

En général, elle le simule avec ses quatre encres, en s’approchant au mieux de la référence. Le résultat peut être très proche pour beaucoup de couleurs, mais les teintes hors gamut, les métallisés et les fluos ne sont pas reproduits. Certaines machines numériques acceptent des encres supplémentaires : demandez à votre imprimeur.

Un nuancier est-il indispensable ?

Pour choisir une couleur de marque et la contrôler, il est très utile, car il montre la vraie couleur sur papier. Il n’est pas indispensable pour commander : l’imprimeur possède le sien. Si vous en achetez un, vérifiez qu’il est récent, les couleurs d’un vieux nuancier ayant pu bouger à la lumière.

Pourquoi mon Pantone converti est-il différent ?

Parce que la conversion en CMJN reconstitue la couleur avec quatre encres, et que certaines teintes directes sortent de ce que la quadrichromie sait produire. Le résultat se rapproche sans être identique. Faites valider l’équivalent CMJN sur un imprimé réel et consignez-le dans votre charte.

Le Pantone coûte-t-il plus cher ?

Tout dépend du travail. Une encre directe demande une préparation et un passage spécifique en machine, ce qui pèse sur les petites séries ou sur les documents qui ont déjà besoin de la quadrichromie. Sur un travail en une ou deux couleurs, le ton direct peut au contraire être le choix le plus simple. Demandez un devis pour les deux options.