Identité de marque & design

Transmettre sa charte graphique à l’imprimeur : la liste

Par Camille Ferrand3 October 20267 min de lecture

Nuancier de couleurs et échantillons de papier sur un comptoir d'imprimerie

Votre entreprise a une charte graphique, peut-être un document de quarante pages livré par une agence. Vous voulez que vos cartes, vos chemises et vos affiches la respectent. Faut-il envoyer tout le document à l’imprimeur ? Non. Il n’en lit qu’une partie, et c’est cette partie qu’il faut lui donner dans une forme exploitable.

Ce que l’imprimeur lit dans une charte, et ce qu’il ignore

Une charte graphique s’adresse d’abord aux personnes qui créent : graphistes, agences, services de communication. Elle explique l’esprit de la marque, le ton des textes, les exemples d’usage, les interdits de composition.

L’atelier, lui, fabrique. Il a besoin de quatre informations : les couleurs exactes, les fichiers du logo, les polices et les règles de placement qui touchent la fabrication, comme les marges ou la zone de protection autour du logo. Le reste ne change rien à la machine.

Envoyer le document complet n’est pas une erreur. Mais il arrive souvent que les valeurs utiles y figurent sous forme d’image, impossibles à copier, ou seulement en version écran. Mieux vaut extraire l’essentiel et le transmettre proprement.

Le plus simple est de constituer un petit dossier d’impression, à part de la charte. Un dossier compressé, avec un sous-dossier pour les logos, un fichier texte qui donne les couleurs et les polices, et le PDF de la charte pour mémoire. Ce dossier se transmet en une fois et se réutilise à chaque nouveau prestataire.

Nommez chaque fichier de façon explicite : le nom de l’entreprise, la version, la couleur, l’usage. Un imprimeur qui reçoit dix fichiers nommés proprement les classe dans son dossier client et les retrouve dans un an.

Les couleurs, dans la bonne langue

C’est le point qui fait le plus de dégâts. Une charte bien faite donne chaque couleur dans plusieurs systèmes. Le RVB et l’hexadécimal servent à l’écran, pour le site et les présentations. Le CMJN sert à l’impression en quadrichromie, avec les quatre encres de la machine. Le Pantone désigne une encre préparée à l’avance, d’une teinte fixe.

L’imprimeur a besoin des valeurs CMJN, et du Pantone si votre couleur en a un. S’il ne reçoit que le code hexadécimal, il convertit lui-même, et la conversion automatique ne donne pas toujours la teinte voulue. Les bleus et les verts vifs sont les premiers touchés.

Quand la couleur porte votre identité, au point qu’un écart se remarquerait sur un camion ou une enseigne, le Pantone devient intéressant. Pour savoir dans quels cas il vaut la dépense, l’article sur le choix entre Pantone et CMJN compare les deux approches au cas par cas.

Si la charte ne donne que du RVB, demandez à votre graphiste les équivalents d’impression. C’est un travail de quelques minutes pour lui, et il évite des mois de couleurs approximatives.

Une dernière précision évite bien des retours : le noir. Un texte noir s’imprime avec la seule encre noire, sinon les lettres fines bavent légèrement au repérage. Un grand aplat noir, en revanche, sort plus profond avec un noir enrichi, mélangé à d’autres encres. Si votre charte prévoit un noir de marque, indiquez lequel s’applique à quoi.

Les logos, dans le bon fichier

Le logo doit arriver en vectoriel : un fichier PDF, SVG, AI ou EPS dans lequel les formes sont décrites, pas dessinées en pixels. Il s’agrandit alors sans perte, de la carte de visite à la bâche.

Une charte complète prévoit plusieurs versions. La version couleur principale. Une version en noir seul, pour le tampon, la photocopie ou la gravure. Une version en blanc, pour les fonds sombres. Parfois une version réduite, simplifiée, pour les très petites tailles.

Fournissez-les toutes, nommées clairement. Un fichier appelé « logo final définitif bis » oblige l’atelier à deviner, et il devinera mal un jour.

Indiquez aussi la zone de protection, cet espace vide à laisser autour du logo. Sans elle, un texte collé au logo l’étouffe, et la charte n’est plus respectée.

Les polices

Si l’imprimeur doit retoucher un fichier, il a besoin des polices utilisées. Sans elles, son logiciel les remplace par une police voisine, et la mise en page change sans prévenir.

Deux solutions. Transmettre les polices, si leur licence le permet, ce qui n’est pas toujours le cas pour les polices achetées. Ou vectoriser les textes dans le PDF final, ce qui les transforme en formes et rend la police inutile. La seconde est la plus sûre pour un fichier prêt à imprimer.

Pour un document que l’atelier doit composer lui-même, comme une carte de visite par salarié, mieux vaut un modèle livré avec ses polices et une note sur la licence.

Précisez aussi les règles de composition qui touchent la fabrication : taille minimale des textes, interlignage des coordonnées, alignement du logo par rapport au texte. Ce sont des détails pour un graphiste. Pour un opérateur qui compose une série de cartes, ce sont des consignes dont il a besoin.

Le premier tirage comme référence

Une charte, même parfaite, laisse une marge. Deux papiers différents ne rendent pas la même couleur avec les mêmes valeurs. Un papier couché garde les teintes vives, un papier non couché les adoucit.

D’où l’intérêt d’un exemplaire de référence. Le premier tirage validé, celui dont vous êtes satisfait, se garde à l’abri de la lumière. Aux commandes suivantes, vous le joignez ou vous le mentionnez. L’atelier peut alors caler sa machine sur un objet réel, pas sur une description.

Le bon à tirer sert le même but en amont. Vérifiez-le avec la charte sous les yeux : couleurs, position du logo, marges. C’est le dernier moment où une erreur ne coûte rien.

Si vous travaillez avec plusieurs prestataires, le même kit d’impression leur évite de partir chacun d’une interprétation différente. La page sur la préparation d’un imprimé professionnel recense les documents qu’une entreprise fait imprimer, et la rubrique identité visuelle et design regroupe les guides sur le logo et les couleurs.

Questions fréquentes sur la charte graphique à l’impression

Faut-il envoyer la charte à chaque commande ?

Non. Un kit court suffit : les couleurs d’impression, les fichiers du logo, les polices ou les textes vectorisés. Envoyé une fois à un imprimeur habituel, il reste dans son dossier client. Renvoyez-le seulement quand la charte change.

Mon imprimeur peut-il reproduire une couleur sans valeur précise ?

Il peut s’en approcher, à partir d’un échantillon imprimé que vous lui confiez. Le résultat dépendra de ses encres et de son papier. Une valeur CMJN ou une référence Pantone reste beaucoup plus fiable qu’un « bleu comme sur le site ».

Pourquoi deux imprimeurs donnent-ils des couleurs différentes ?

Parce que les machines, les encres et les papiers diffèrent. Les mêmes valeurs CMJN ne garantissent pas un résultat identique. Le Pantone réduit l’écart, l’exemplaire de référence aussi.

Que faire si l’agence n’a livré qu’un logo en image ?

Demandez-lui le fichier source vectoriel, qui fait normalement partie de la livraison. S’il est perdu, il faut faire redessiner le logo proprement, plutôt que de l’agrandir et d’imprimer une image floue.